|
es
amis de trente ans ! De 1927 – première collaboration à l’écran – à 1957
– mort d’Oliver Hardy. D’un côté, donc, voici le petit (et accessoirement
maigre) : Arthur Stanley Jefferson, né le 16 juin 1889 en Angleterre.
Tombé dans la marmite quand il était petit (maman actrice, papa acteur-metteur
en scène, producteur, scénariste et imprésario), il fait ses débuts sur
scène à l’âge de 16 ans, en Écosse puis en Angleterre. Après avoir fait
la doublure de Charlie Chaplin au cours de la tournée américaine de la
Fred Karno Company, et joué dans une multitude de vaudevilles, Stanley
– devenu entre temps Stan Laurel – se lance en 1917 dans la carrière cinématographique.
Il trimballe son personnage de clown maladroit, aux vêtements trop grands,
dans plus de 70 courts métrages burlesques (qu’il écrit lui-même la plupart
du temps).
e
l’autre côté, voilà le gros (et guère plus grand) :
Oliver Norvell Hardy, né le 18 janvier 1892 en Géorgie (États-Unis). Adolescent,
il sèche l’école de musique pour se produire sur des scènes de music-hall
dans des orchestres de “minstrels”. En 1913, il rejoint la compagnie Lubin
pour faire l’acteur. Puis il joue les adolescents attardés (à plus de
20 ans !) dans une quantité de films burlesques muets.
C’est en 1927
que le grand tournant arrive dans sa carrière, ainsi que dans celle de
Laurel : les deux comiques signent presque simultanément un contrat à
long terme avec le grand (et sans doute maigre) Hal Roach. Découvreur
de Harold Lloyd, le pauvre homme cherche désespérément le moyen de remplacer
sa vedette, partie pour de vrais grands rôles dans de vrais grands films,
et retrouver ainsi un peu de sa splendeur (financière) passée. Il place
d’abord de grands espoirs en Hardy, au physique approchant celui de Lloyd.
Mais, à l’occasion d’une scène où Laurel joue les utilités face à Hardy,
la complémentarité du couple lui saute au yeux. Et, de fait, la création
du duo “fat-thin” (gros-maigre) va dépasser toutes ses espérances.

Leurs
premières collaborations coïncident avec la fin de la grande époque du
muet. Affinant le jeu outré des burlesques, Stan Laurel et Oliver Hardy
mettent au point une riche palette de tics et de comportements qui seront
leur marque de fabrique. Les mines ahuries de Stan : grattement perplexe
sur le sommet du crâne, clignements d’yeux exprimant la confusion, grimaces
de bébé en pleurs, répondent aux attitudes empreintes de politesse et
de componction d’Ollie et à ses longs regards exaspérés vers la caméra.
Les deux acteurs créent un univers burlesque où les événements
dégénèrent toujours en catastrophe, où Laurel commet gaffe sur gaffe,
gaffes dont Hardy est invariablement l’éternelle victime. Leur comique
trouve toute sa saveur dans la répétition de ce rituel de duo, avec ses
règles immuables, dont ils explorent en 106 films toutes les combinaisons
possibles, tel un couple vieillissant qui n’en finit pas de se chercher
des noises.
En
découvrant leur “vie à deux” : scènes de ménage, scènes de lit et autres
séquences hilarantes où le duo se met en quatre pour torturer un troisième
larron (un policier, par exemple), le public ne peut s’empêcher de penser
: mais qui est l’homme, qui est la femme ? Leur tour de force, c’est d’être
tantôt l’un (l’une) et tantôt l’autre. Ou plutôt d’être l’un quand l’autre
est l’autre, et l’autre quand l’autre est l’un. Ou l’une. Enfin, vous
voyez. Là où la concurrence joue en solitaire, Laurel et Hardy s’accrochent
à ce couple improbable (comme d’ailleurs la plupart des couples) qui fait
leur succès. D’où leur incroyable popularité, qu’aucune autre vedette
du burlesque ne peut leur disputer. Ni Charlie Chaplin, ni Harold Lloyd
ou Buster Keaton n’ont su provoquer, de leur vivant, une telle sympathie.
Le public, et notamment sa frange la plus éclairée, le public de moins
de douze ans, a aimé et aime encore Laurel et Hardy comme on aime des
personnes réelles.
t
l’amitié, dans tout ça ? La légende veut que Stan, rendu inconsolable
par la mort d’Ollie, ait définitivement cessé d’être acteur, mais qu’il
continua à écrire. Oui, mais en réalité ? Est-ce que les tartes ne volaient
que sur l’écran ? Et tous ces objets que, tout au long de leur longue
carrière, Laurel s’est ingénié à enfoncer dans l’œil de Hardy ? Est-ce
qu’ils étaient si amis que ça, dans la vie ? Pour ne faire de peine à
personne, rappelons simplement qu’un couple est toujours uni pour le meilleur...
et pour le pire !
Katlène Delzant
|