(1969)

(1991),

de Ken Russell

h qu'il est bon de se souvenir de Ken Russell, un cinéaste qui décidément manque singulièrement au genre trop institutionnalisé du film britannique en costumes. En parfaite symbiose d'avec le remue-ménage idéologique des années soixante (penchant ludique à la provocation, esthétique outrancière et agressive, étude tout autant rocambolesque que sérieuse de l'émancipation féminine), Russell eut aussi l'intelligence de se rappeler d'où il venait. En résulte la modernité de son cinéma, dont l'audace de la forme (cadre et rythme libérés de leur ornière afin de mieux servir les principes anarchiques de la narration) sût se mouvoir dans l'éternel décorum britannique, suranné, précieux et retenu comme il se doit. Pour lui, né en 1927 et passé par bien des étapes avant d'aborder la réalisation, le vieux monde, qu'une jeunesse impatiente s'empressait de jeter aux orties, contenait déjà les germes du malentendu. La manière dont l'Angleterre aristocratique se sclérosait pouvait être mise en scène tout aussi bien par le prisme de l'oeuvre de D.H. Lawrence ou d'Aldous Huxley que la musique, alors contemporaine, des Who (pour l'adaptation de l'opéra-rock Tommy en 1975).

Bien plus qu'une tentative à la violence irréfléchie de rouler les icônes d'un monde en perdition (haut-de-forme, maisons victoriennes et fragile service à thé) dans la boue et le désordre de la contestation politique, il s'agissait de s'en servir pour exacerber le lien défait entre les différents sexes, castes et générations. Et faire ressortir par là-même toute la modernité d'un D.H. Lawrence (dont est adapté Women in love) qui n'est pas l'un de ces écrivains "début de siècle" et poussiéreux que de trop sages adaptations cinématographiques actuelles peuvent amener à considérer comme tel.

Women in love, tourné en 1969, est certainement l'une des meilleures illustrations du style de Ken Russell. De subites scènes de violence iconoclaste (une garden party où surgit soudainement une horde de bovinés cornus et menaçants), qui peuvent paraître gratuites, inutilement provocantes ou essentiellement préoccupées d'un effet de cinéma qui impressionnerait le spectateur, le conduisent en fait à mieux mesurer les contradictions douloureuses d'un microcosme inquiet. Un monde soucieux des apparences qui sent néanmoins le sol non-apprivoisé d'un siècle encore nouveau se dérober sous ses pieds victoriens et traditionalistes.

Bien entendu, pareil dispositif fonctionne sur une alternance risquée du sublime et du grotesque qui, s'il ne peut que servir à merveille ce monde britannique qui ne sait lui aussi que jongler avec le précieux et le ridicule, revendique l'artifice au point d'être le premier à en pâtir. C'est un style voyant prisonnier du spectre du vieillissement.

Aujourd'hui d'autres iconoclastes violents et maniérés ont succédé à Ken Russell (en particulier Dereck Jarman et Peter Greenaway), se réappropriant le cadavre de la vieille Angleterre pour façonner de curieux objets de cinéma.

On ne sait pas véritablement comment leur esthétique vieillira, mais l'on peut déjà s'en rendre compte au sujet de Ken Russell. Grâce notamment au récent Prisoners of Honor (Une affaire d'honneur, daté de 1991), où le réalisateur expatrie un énervement désormais mesuré en France (il s'agit d'une adaptation de l'affaire Dreyfus). Assagi ou rabougri, c'est l'occasion de savoir si, entre vieillir de manière conventionnelle comme ceux que l'on a dénoncé et jouer les grands-mères indignes jusqu'à la fin, il reste une voie de salut et un troisième âge constructif pour le cinéma batailleur.

Nous rendons hommage à Oliver Reed, décédé subitement il y quelques jours durant le tournage du prochain long-métrage de Steven Spielberg. Cet acteur, présent dans les deux films de Ken Russell diffusés au cours de ce cycle, fut un familier de l'œuvre du réalisateur. La puissance de son jeu se substituait à merveille à la démarche belliqueuse du cinéaste (notamment dans les Diables, en 1970). Il traversa trois décennies de cinéma international de son impressionnante présence.

Lundi, le 3.5.1999 à 20.45
Jeudi, le 6.5.1999 à 00.05
Mardi le 11.05.1999 à 00.35


Cinéma


(Women in Love)
Film britannique de Ken Russell
(1969-2h05mn) - VOSTF
Scénario : Larry Kramer,
d'après le roman de D. H. Lawrence
Avec : Alan Bates (Rupert Birkin), Glenda Jackson (Gudrun Brangwen), Jennie Linden (Ursula Brangwen),
Oliver Reed (Gerald Crich), Eleanor Bron (Hermione Roddice)
Photographie : Billy Williams
Montage : Michael Bradsell
Musique : Georges Delerue
Production : Brandwyne Productions, United Artists
ARD/LA SEPT ARTE
(Rediffusion du 25 octobre 1993)
Oscar de la meilleure actrice pour Glenda Jackson, 1970

L'Angleterre des années 20. Ursula, institutrice, et Gudrun, sculpteur, font la connaissance de deux amis, Rupert Birkin, inspecteur des écoles, et Gerald Crich, propriétaire de mines de charbon de la région. Les couples se forment, mais aucun ne semble satisfait de ses relations avec l'autre. Chacun se bat à sa manière pour améliorer sa situation, mais toutes ces tentatives semblent vouées à l'échec...

Lundi le 10.5.1999 à 22.20
Jeudi, le 13.05.1999 à 00.55

Cinéma

Cycle Cinéma britannique
(Prisoners of Honor)
Film britannique de Ken Russell
(1991-1h24mn) - VOSTF
Scénario : Ron Hutchinson
Avec : Richard Dreyfuss (le colonel Georges Piquart), Oliver Reed (le général de Boisdeffre), Peter Firth (le major Henry), Jeremy Kemp (le général de Pelifeux), Kenneth Colley (le capitaine Alfred Dreyfus), Lindsay Anderson (le ministre), Brian Blessed (le général Glonse), Peter Vaughan (le général Mercier)
Photographie : Mike Southon
Musique : Barry Kirsch
ARD

Reconnu coupable de haute trahison par un tribunal militaire, le capitaine Dreyfus est condamné aux travaux forcés et à la déportation. À Paris, le 5 janvier 1894, il est dégradé devant ses pairs puis envoyé en Guyane. Sur l'île du Diable, les conditions de vie sont terribles. Si l'armée pense avoir classé définitivement l'affaire, l'opinion publique continue de se mobiliser. Ce n'est pas parce qu'il condamne l'antisémitisme, mais parce qu'il a le sens du devoir que le colonel Piquart, nouveau chef du service des Renseignements, rouvre le dossier et œuvre pour la réhabilitation de Dreyfus.