A l’origine, une rencontre.
par Annelise Signoret
Responsable d'ARTE Editions
Une rencontre autour d’un pays, l’Algérie.
Autour d’un mot « Résistance », auquel très vite s’est accolé entre parenthèses, un « s ».
Un pluriel pour dire la somme des voix, la somme des voies aussi…
Pour dire que l’acte de résister n’est pas unique ni défini, mais multiple et protéiforme. A l’image des multiples voix qui s’expriment dans ce livre Paroles d’Algériens, qu’ARTE éditions coédite avec Le Serpent à Plumes et l’Institut du Monde Arabe.
Résistance(s), c’est aussi le titre de la saison de spectacles (danse, théâtre, concerts) que propose l’IMA à l’automne 2003, des spectacles précédés d’Apostrophes littéraires, au cours desquelles des comédiens liront ces textes qui disent la (les) résistance(s).
C’est pour garder une trace de ces lectures que nous avons voulu faire ce livre, pour les regrouper et ainsi montrer, par ce choix éclectique que de tous temps, en Algérie, des voix se sont élevées pour dire « NON ». Et qu’il n’y a pas une seule façon de le dire.
Du théâtre, de la poésie, des essais, des romans, écrits en arabe ou en français, par des femmes et des hommes, inédits ou non, tous ces textes ont en commun d’avoir été écrits pour RESISTER.
Et quoi de plus emblématique alors dans cette sélection que cet ultime billet de Saïd Mekbel, éditorialiste au quotidien indépendant Le Matin, un billet qui finissait ainsi :
"C’est lui qui ne sait rien faire de ses mains, rien d’autre que ses petits écrits, lui qui espère contre tout, parce que, n’est-ce pas, les roses poussent bien
Sur les tas de fumier."
Lui qui est tous ceux-là et qui est seulement journaliste.
C’est lui qui, après avoir écrit ce billet, a été assassiné de deux balles dans la tête le 3 décembre 1994 à Alger par des intégristes musulmans.
C’est ça, Paroles d’Algériens, des mots de femmes et d’hommes qui, malgré la répression, la censure, l’humiliation, la torture, l’enfermement ou l’exil, ont choisi de rester debout… et d’écrire.
Ces mots, ARTE éditions est fière de vous les donner à lire aujourd’hui.
Un sentiment partagé par l’ensemble de la chaîne, partenaire de Djazaïr 2003, qui veille, par une programmation toujours exigeante, à nourrir la réflexion et le débat.
Cette année de l’Algérie qui se termine a été l’occasion pour Arte de diffuser fictions et documentaires éclairant toutes les facettes d’un pays dont l’évolution nous touche à plus d’un titre. A voir prochainement :
le prochain film du réalisateur algérien Nadir Moknèche, Viva Ladjérie, coproduit par Arte France Cinéma, qui sera en salles au début de l’année 2004.
Rappelons également la diffusion du documentaire d’André Gazut et Jean-Pierre Vittori, La Pacification, remarquable travail de mémoire sur les Appelés d’Algérie, qu’ARTE éditions, a décliné en livre, Le Choix des larmes, publié en novembre 2002 avec les éditions du Félin.
Autre secteur dont nous saluons ici l’engagement, le site internet arte-tv.com, qui a conçu ce passionnant et magnifique dossier. Merci aux rédacteurs pour leur enthousiasme et soutien.
Un grand merci à Waciny Laredj, tout d’abord, ainsi qu’à Mathilde Voinchet, de l’Institut du Monde Arabe et à Pierre Astier, du Serpent à Plumes, sans la confiance et l’amitié desquels ce projet n’aurait pu voir le jour.
Bonne lecture à tous !