L’Ethiopie est la patrie originelle des rastas. Deux cents d’entre eux, Jamaïcains pour la plupart, ont réalisé le voeu du retour à la terre de leurs ancêtres. Ils vivent dans le village de Shashemene. La quête de leurs racines individuelles n’est pas leur priorité. Pour eux, l’Ethiopie est avant tout le symbole d’une identité noire collective, au-delà des déchirements que traverse l’Afrique d’aujourd’hui. Zulu : "C’est vrai, il y a de nombreuses tribus mais nous formons un seul peuple, une seule famille. En dépit de nos différences, nous appartenons tous à la même famille. Où qu’ils soient, quoi qu’ils fassent, ils forment une unité, ils se retrouvent sous la même bannière. Un seul dieu, un seul but, un seul destin."
Le mouvement rasta trouve son origine dans le couronnement de „Ras Tafari Makonnens“ alias Haile Selassié, empereur d’Ethiopie dans les années 30. Haile Selassie prône une Afrique forte, capable de tenir tête aux pouvoirs coloniaux. Mais les rastas voient surtout en lui un descendant du roi Salomon et, pour cette raison, ils le vénèrent comme un saint. L’empereur Haile Selassie, dit-on, s’irritait de tant de dévotion. En guise de reconnaissance, il offrit tout de même aux rastas la terre sur laquelle leur communauté s’était installée. Après avoir longtemps vécu en marge de la population éthiopienne, les rastas cherchent désormais à s’intégrer. Pour être bien vus, il n’est pas rare que lors de ventes de bétail, ils payent plus cher que d’autres.
Sister Janet : "Au début, ce n’était pas facile. Ils n’ont jamais vu des gens comme nous. Nos habitudes alimentaires, notre manière de nous laver, tout cela était différent, ils nous ont trouvés un peu étranges au début. Mais avec le temps, ils se sont habitués à nous."
Habitude ou pas, le quotidien est difficile. Beaucoup d’Ethiopiens considèrent la foi et le style de vie des rastas avec méfiance. Ils leur reprochent de n’utiliser les attributs africains qu’à des fins décoratives. Mais du fait de l’aide financière qu’ils perçoivent depuis l’étranger, les rastas constituent un facteur économique important pour ce village qui n’a que peu de ressources. L’idée de retour à la terre des ancêtres est étroitement liée à celle de la construction d’une Afrique nouvelle. Une vision relayée par l’école que les rastas dirigent à Shashamane et qui offre aux enfants des conditions de travail nettement meilleures que les écoles d’état.
Sister Janet : "La plupart des enfants qui fréquentent cette école sont éthiopiens. Il y a aussi les enfants des rastas qui vivent ici mais la grande majorité des enfants sont éthiopiens. Nous faisons de notre mieux pour leur montrer un autre type d’enseignement, celui que nous avons appris en Occident."
Dans les programmes scolaires, la doctrine rasta reste relativement discrète. Pourtant, les rastas sont bel et bien animés par un esprit missionnaire, notamment en ce qui concerne le monarque Haile Selassie. Parmi les Ethiopiens, la personnalité de l’ancien roi est pour le moins controversée. Beaucoup le considèrent comme un vulgaire despote.
A Addis Abeba, à 200 km au nord de Shashemene, les rastas organisent régulièrement des concerts de reggae aux allures de cérémonies religieuses. Presque toutes les chansons rendent hommage à Haile Selassie et à son pouvoir divin. Le porte-parole musical le plus connu du mouvement rasta est l’incontournable Bob Marley qui se rendit en Ethiopie en 1978. Mais pour lui, le retour vers l’Afrique avait surtout un caractère spirituel. Bob Marley voyait en l’Afrique un idéal de paix et de fraternité. Mais en même temps, il était très engagé dans l’action politique en Jamaïque et il ne fut d’aucun secours aux rastas éthiopiens. Pour la plupart d’entre eux, un retour en Jamaïque n’est aujourd’hui plus envisageable.
Zulu : "Il m’arrive de penser à ma famille et à mes amis mais ma raison de vivre se trouve ici, à Shashemene, en Ethiopie.. Nous avons quittés la Jamaïque pour venir nous installer ici. Nous sommes revenus à nos racines, nous sommes revenus en Afrique. L’Afrique est notre terre ancestrale, nous devons y revenir."
Depuis le début des années 90 et la chute du régime communiste, la petite communauté des rastas d’Ethiopie revit. Mais seules les générations à venir montreront si, oui ou non, les Africains natifs et les immigrés jamaïcains sont capables de vivre en symbiose.
>> Rasta Ites - http://rastaites.com/
>> Jamaican Rastafarian development Community - http://www.jrdcommunity.org
>> Rastafaris : retour en terre spirituelle- http://www.ecaraibes.com/
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TRACKS
Un reportage de Martin Groß
Jeudi 04 novembre 2004 à 23h40
Rediffusion le 06 novembre à 17h45
Rédaction: ZDF, MME
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