De Jacques Nolot
(2007, France, 1h48)
Avec Jacques Nolot, Jean-Pol Dubois, Marc Roufiol, Bastien d’Asnières…
Un DVD Blaq OutSynopsis : A 58 ans, Pierre (Jacques Nolot) préfère rester chez lui, dans un appartement parisien de taille modeste dont il est cependant le propriétaire. Parfois, attablé dans une brasserie, il observe des gens de son âge et ne parvient pas à s’expliquer leur comportement, ou rend visite à des amis, toujours les mêmes. Les nouveaux venus sont des gigolos. Lui-même en fut un et il entretient encore avec Toutoune, qu’il connaît depuis plus de trente ans, une relation marquée par les rapports d’aînesse et par la différence du statut social. Il lui reste aussi l’écriture, non sans difficulté.
Critique : L’impudeur, la drôlerie, la mélancolie tapie et l’absence du mélodrame caractérisent rarement le genre de portrait automnal que nous propose Jacques Nolot, qui partage l’âge et la condition de son personnage. Sous son regard, les évidences s’additionnent, mais elles sont débarrassées de la pesanteur du cliché : la crainte jamais tempérée de perdre ses cheveux, l’obsession de l’argent telle qu’on la retrouvait chez Fassbinder, l’inégalité de la vie qui voit se confronter une dernière fois ceux qui se sont mis à l’abri, ceux qui vivent dans la peur de la gêne, ceux qui ont fait ou non le choix de la trithérapie, ceux qui s’ennuient désormais ou ceux qui, simplement, ne fument plus et manient la politesse excessive pour allumer les cigarettes des autres. Il est vrai que pour Nolot, ces vieux garçons sont d’éternels enfants, ou des personnages d’un autre âge : Pierre écrit à la main, se rend encore dans les sex-shops de Pigalle. Chez lui est installée, muette, une vieille stéréo à côté d’une pile de cassettes audio.
De la succession des remarques savoureuses propices à évoquer l’hypocrisie dans laquelle se complaisent certains des amants de Pierre, anciens ou non mais toujours mariés et cachottiers à plus de soixante ans, jusqu’à l’apparition culottée d’un astre noir en prologue au film, une forme menaçante qui enfle sur un fond blanc tout aussi inquiétant, en passant par le lieu incontournable du cimetière, désormais celui des retrouvailles avec les vieux amis, ce que Jacques Nolot choisit de retenir à l’écran lui réussit à chaque fois. En particulier lorsqu’il se permet un montage alterné qui le voit faire ses courses dans un anonyme supermarché de proximité, pendant que les effets personnels de son amant défunt sont disséminés dans une vente aux enchères. Le temps s’est écoulé, l’ordre a gagné, à nouveau. Pierre n’a plus qu’à retourner dans son petit logis, la vie pour ce qu’il en reste et la mort au travail peuvent se poursuivre. Il va leur octroyer un dernier acte théâtral et calmement tragique. A son corps incontrôlable, devenu malade, Pierre confère une veste, une cigarette et un verre qui lui donneront les derniers lustres de la prestance. Aux bribes de sa vie il offre la nonchalance feinte et modeste de ce film, son troisième long métrage traversé par la candeur pessimiste et de la rudesse sous-jacente des derniers films de
Guy Gilles et des romans d’Emmanuel Bove, de la beauté des choses démodées et du souvenir des morts, quand il cite le mot de Roland Barthes, qui lui aurait confié : « tu es une roulure, au sens étymologique du terme, tu n’as pas d’attache ».
Julien WelterLes compléments :- Entretien avec Jacques Nolot-
Préface de Serge Toubiana
Avant que j’oublieDe Jacques Nolot
(2007, France, 1h48)
Avec Jacques Nolot, Jean-Pol Dubois, Marc Roufiol, Bastien d’Asnières…
Un DVD Blaq Out