Sortie du 04 juin 2003
24 Hour Party People
Compétition officielle Cannes 2002
Réalisé par Michael Winterbottom
Grande-Bretagne, 2002, 1h52
Avec Steve Coogan (Anthony Wilson), Lennie James (Alan Erasmus), Sean Harris ( Ian Curtis), Andy Serkis (Martin Hannett)…
Synopsis
Au milieu des années 70, le groupe Sex Pistols, encore inconnu, joue devant un public d’une quarantaine de personnes dans une petite salle à Manchester. Tony Wilson, animateur de télévision pour Granada, ainsi que les futurs membres de Joy Division, de New Order et bien d’autres artistes en devenir, assistent à ce concert mythique. L’effervescence du mouvement punk les conduit tous vers une totale liberté artistique. Malgré un idéalisme qui leur coûte cher, Tony et ses amis fondent un label indépendant, découvrent sans cesse de jeunes talents comme les Happy Mondays, organisent des concerts et traversent ensemble les différents courants musicaux jusqu’à la création de leur célèbre club dance « Hacienda », qui donne naissance à la culture rave.
Critique
Après les films-documentaires, témoins d’une époque, de « Woodstock » de Michael Wadleigh à « U2: Rattle and Hum » de Phil Joanou, les reconstitutions historiques rock’n roll planent dans l’air du temps pour le pire, « Studio 54 », et pour le meilleur, « This Is Spinal Tap », de Rob Reiner. « 24 Hour Party People », du nom d’un titre du groupe Happy Mondays, se présente comme une balade nonchalante à travers les courants musicaux, de la naissance de la new wave à celle de la dance puis de l’électro, qui se sont révélés dans la ville de Manchester, brûlot culturel rock de 1975 à 1990 et véritable personnage du film.
Le personnage de Tony Wilson sert de fil conducteur, un électron libre entourés de personnages lunatiques traversant les modes musicales. Steve Coogan interpréte de façon tordue et subtile ce renifleur de talents, parfaite tête à claques et frimeur invétéré malgré tout touchant, un utopiste envers et contre tout qui conserve une parfaite intégrité malgré la décadence de ses rêves. Ses apartés pince-sans-rire sur la réalisation même du film ou ses aphorismes à deux sous apportent un humour réflexif auquel s’ajoute parfois une « Monty Python Touch » notamment lorsqu’on le voit faire des reportages à l’image sale pour Granada sur un canard qui garde un troupeau de moutons ou un nain qui nettoie un éléphant. On peut d’ailleurs noter ça et là d’autres références hétéroclites : de l’inspiration rock symbolisée par des soucoupes volantes, reprises sans doute du film sur le Glam Rock, « Velvet Goldmine » de Todd Haynes, au Dieu kitschissime, volant dans un ciel myosostis, qui possède un curieux air de ressemblance avec la fée du « Sailor et Lula » de Lynch.
« 24 Hour… » reste néanmoins un film à l’ambiance noire et désenchantée dont on peut louer le perfectionnisme, par exemple, pour les scènes de concerts ou les reconstitutions des soirées parfois violentes du club Hacienda filmées par une caméra DV mobile à l’extrême. Le style appuyé du directeur photo Robby Müller s’intègre à ce schéma, en parfaite adéquation avec le grain des documents d’époque. Il obtient une image verte et mordorée qui râcle, qui électrise l’œil, en osmose avec le son fièvreux de Joy Division ou des Sex Pistols. A signaler la performance vibrante de Sean Harris qui incarne d’une façon intense Ian Curtis et ses transes noires : il est peu problable qu’on oublie ses danses épileptiques et son étrange et dernier sourire devant un film de Werner Herzog.
En regardant ce film, il est fort possible que la nostalgie vous saisisse à la gorge, le souvenir de l’odeur des concerts rocks, une odeur de bière répandue sur la terre battue jonchée de cigarettes, mêlée à celle d’autres substances inidentifiables et de la sueur des corps agités de danses convulsives.
Delphine Valloire

Synopsis
Tony Wilson (Steve Coogan), diplômé de Cambridge et journaliste de télévision, se découvre une passion pour la musique lorsqu'il entend les Sex Pistols en 1976. Il crée son propre label, Factory Records, et enregistre des groupes tels que Joy Division (qui deviendra ensuite New Order) et Happy Mondays. 24 HOUR PARTY PEOPLE nous fait découvrir le monde allumé et chaotique de la création musicale de Manchester entre 1976 et 1992.
Critique
Septième film de Michael Winterbottom, 24 HOUR PARTY PEOPLE a peu de choses à voir avec des films antérieurs comme THE CLAIM, WONDERLAND, I WANT YOU, JUDE ou BUTTERFLY KISS. Le seul dénominateur commun de tous ces films est que chacun réserve chaque fois une nouvelle surprise. Winterbottom en effet manie vraiment tous les genres : JUDE était une adaptation littéraire, THE CLAIM un western, BUTTERFLY KISS un thriller sur une autoroute, WELCOME TO SARAJEVO la chronologie d'un reportage pendant la guerre bosniaque, et WONDERLAND une saga urbaine moderne… Seul petit bémol : on peut regretter qu'il n'ait pas une griffe personnelle comme ses collègues britanniques Mike Leigh ou Ken Loach, tous deux également en compétition à Cannes avec leur nouveau film.
Ce n'est pas vraiment un reproche, car Winterbottom réussit toujours à convaincre par ses innovations visuelles et conceptuelles adaptées à chaque genre. Pour ce dernier film, il s'est assuré les services du grand directeur de la photographie Robby Müller, qui a déjà percé à Cannes avec le film de Lars von Trier DANCER IN THE DARK, et a travaillé aussi avec Wim Wenders et Jim Jarmush. 24 HOUR PARTY PEOPLE est entièrement tourné en DV (vidéo numérique), ce qui ne nuit en rien au film, au contraire : une moindre sensibilité à la lumière permet un travail plus aisé et plus rapide, et facilite les plans à 360 degrés que le cinéaste a voulu nombreux dans ce film.
Comme l'explique Winterbottom, il était prévu au départ que le scénario soit assez souple dans la chronologie et la présentation des faits, afin de respecter l'aspect chaotique de cette période de 1976 à 1992, et de laisser une grande place à l'imagination du spectateur. Michael Winterbottom préserve en cela l'esprit de Factory Records : Tony Wilson a toujours laissé une grande marge de liberté à ses groupes, et n'a jamais signé avec eux le moindre contrat formel ni recherché le succès commercial.
L'acteur comique Steve Coogan, star adulée de la télévision britannique, incarne Tony Wilson, le maître d'œuvre de Factory Records. Il est le fil rouge qui tient cet ensemble disparate fait d'anecdotes et d'informations multiples sur la Factory Records. Avec lui, nous assistons à un concert légendaire des Sex Pistols devant une quarantaine de spectateurs, préfigurant la création de Joy Division. Nous suivons avec lui les hauts et les bas de Factory Record et de l'Hacienda, club de Manchester entré dans la légende des noctambules de la planète. La réussite est au rendez-vous, avec dans son sillage la drogue, le sexe et la violence des armes. A grand renfort de montages, Winterbottom nous emmène dans un voyage où les hallucinations psychédéliques de Tony Wilson se fondent avec la réalité.
'Je suis un figurant de ma propre histoire', explique Tony Wilson au public via la caméra. C'est vrai, car le rôle principal revient à la musique. Michael Winterbottom réussit là un « rockumentaire » iconoclaste et surprenant, un formidable retour sur la révolution musicale des années 80 à Manchester. Le producteur Andrew Eaton avait de bonnes raisons de faire un film de ce type car, explique-t-il, « on peut y intégrer tous ses morceaux préférés ». Le plaisir est communicatif, et on ressent une vraie joie à l'écoute de chansons de Joy Division comme 'Love will Tear Us Apart, '24 Hour Party People', 'Atmosphere' ou 'Blue Monday'. C'est un peu comme si on repassait un beau jour la bande magnéto d'un ancien fan perdu de vue. On est soudain tout surpris que les émotions et l'atmosphère de l'époque resurgissent avec une telle intensité, et tout heureux de s'abandonner à cet instant magique.
Nana A.T. Rebhan