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10e chambre instants d'audienceDocumentaire de Raymond Depardon (France, 2004, 1h45) Entretien de Raymond Depardon à propos de "10e chambre instants d'audience": réalisé par Olivier Bombarda à Cannes (mai 2004): ![]() voir le reportage du "Journal de la Culture" Synopsis : De mai à juillet 2003, le documentariste Raymond Depardon a pu filmer le déroulement des audiences de la 10e chambre correctionnelle de Paris. Dix ans après le tournage de « Délits flagrants », le postulat reste le même : il s’agit de témoigner du fonctionnement de l’appareil judiciaire, en suivant sur le vif la comparution d’une douzaine de personnes, dont les cas oscillent de la simple convocation pour conduite en état d’ivresse aux déférés de nuit.
Critique : Comme l’indique son titre, ce nouveau documentaire de Raymond Depardon ne propose pas un rendu strict et complet des audiences de la 10e chambre correctionnelle de Paris. Il préfère à la continuité qui prévaut dans ce genre d’exercice (où toutes les phases d’un processus dit progressif, voire évolutif selon les témoignages, se doivent d’êtres présentées) une fragmentation dont les ellipses s’avèrent beaucoup plus parlantes. Basé principalement sur le champ/contrechamp alternant la mise en situation des prévenus et celle de leur juge Mme Requin, Depardon se limite à nous montrer des extraits des audiences, abrégés de manière assez sèche et généralement suivis de l’énoncé du verdict. Cette démarche sélective a un sens : il s’agit de dessiner le parcours de la justice comme une ligne faite de pointillés, mais une ligne qui tend à rester droite, où chacun est cantonné à son rôle, sans véritable possibilité de faire varier le processus judiciaire. D’où les fragments, qui s’apparentent à des scènes (et d’où Depardon fait surgir le drame ou la comédie) et les prévenus à des acteurs, censés incarner à la lettre, malgré une élocution et un comportement forcément différents selon les cas, le rôle qui leur est donné. En dépit des coups de théâtre, généralement escomptés dans le cadre de situations tendues, le sentiment de surprise ou de possible est délibérément éradiqué. Mais le propos de Depardon n’est pas agressif ou réactionnaire, bien au contraire. Par cette raideur, il donne surtout à sentir l’extrême précarité des moyens judiciaires, où la rigidité se rapporte à une nécessité de soutenir les textes de lois et leur application, une façade qui masque les carences énormes de la justice, des cas insoluble aux solutions de fortune. Car, des prévenus qui vivent quasiment tous dans la marginalité aux avocats commis d’office qui peinent à masquer leur inexpérience, c’est une justice de bouts de chandelles qui est montrée au travail, dont la seule parade semble être la détermination. Force doit rester à la loi, et c’est toute sa faiblesse que font ressurgir les blancs laissés par Depardon, ou plutôt ce qu’il a tenu à conserver. Julien Welter -------------------------- 10e Chambre, Instants d’audience Documentaire de Raymond Depardon (France, 2004, 1h45) Sortie le 2 juin 2004
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