(2006, France – Tadjikistan, 1h35) Avec Khurched Golibekov, Dinara Droukarova, Maruf Pulodzoda… Une Coproduction Arte
Synopsis : Kamal est marié depuis quelques mois, mais sa femme est toujours vierge. Le médecin qui l’occulte ne décèle aucune anomalie physique chez ce jeune homme de vingt ans. Un départ soudain à la ville ne change malheureusement rien à sa condition. Les femmes sont nombreuses, les rencontres n’ont pas lieu et l’impotence le poursuit. Il parvient tout de même à revoir une inconnue, effleurée lors d’un trajet en trolley, peut-être un peu plus longuement que les autres. Cette entrevue emmène Kamal plus loin qu’il ne l’escomptait.
Critique : A mi chemin des marivaudages truffaldiens d’Antoine Doisnel personnifiés par Jean-Pierre Léaud et du calvaire de Marcello Mastroianni dans « Le bel Antonio » de Mauro Bolognigni, le parcours initiatique du jeune Kamal oscille entre silences, maladresse amusante et fêlure douloureuse. Par sa simplicité, sa construction se révèle très intelligente. Présenté dans le plus simple appareil chez un médecin, Kamal se retrouve dès le plan suivant dans un train, à la recherche d’un contact féminin, puis en compagnie de prostituées. S’agit-il d’un flash-back chargé de récapituler la teneur des mésaventures qui ont conduit le jeune homme à une consultation éprouvante ? On ne le découvrira que bien plus tard, les silences de Kamal invitant par-là même à une grande curiosité, gage du maintien de l’attention jusqu’à la conclusion de ce film tout à la fois secret et dédié à un état post-adolescent dans lequel chacun peut se reconnaître. Djamshed Usmonov a tout loisir de surprendre, pour dériver d’un portrait complexé et mutique vers la fiction sentimentale et contemporaine, jusqu’à une ébauche de polar, où il excelle à filmer deux scènes de cambriolage ponctuées de surprises, que ce soit dans l’invention rocambolesque ou le surgissement du drame le plus noir.
Maruf Pulodzoda est l’un des garants de ces retournements. Sorte de cousin laconique, dur et tadjik de Takeshi Kitano, cet acteur noueux interprétait avec une présence stupéfiante le malfrat maladroit et bagarreur de « L’ange de l’épaule droite » (2002), le film précédent de Djamshed Usmonov. Il semblait impossible que le cinéaste ne le sollicite pas une nouvelle fois, et dans un nouvel emploi brutal et hors-la-loi, il incarne lui-même toutes les nuances du film, passant d’une pose silencieuse et pathétique lorsqu’il tente de renouer avec sa femme, à une attitude révulsive dès le moment où il joue les fiers à bras. Inhibé par sa condition, Kamal reproduit en creux cette évolution secouée, passant d’un réflexe comique à la détermination violente de celui qui parvient à s’émanciper et acceptant de voir mourir une part de lui-même. Entre-temps, il aura tout de même croisé la route de l’irradiante Dinara Droukarova, l’adolescente du diptyque de Vitali Kaneski (« Bouge pas, meurs et ressuscite » et « Une vie indépendante ») revue dans le récent « Depuis qu’Otar est parti » (2003). On a connu récit d’initiation marqué par un compagnonnage moins galvanisant.