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Attentes et priorités
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La France attendue au tournant
Deux semaines avant le début de la présidence française de l’Union européenne, le Club Grande Europe a invité le 12 juin 2008 à Paris des représentant du trio des trois prochaines présidences : France, République tchèque et Suède. Ne pouvant pas cacher leur anxiété par rapport au référendum irlandais, qui se tenait le même jour, ils ont exposé les priorités de leur trio. Le secrétaire d’État français au Affaires européennes, Jean-Pierre Jouyet, a déclaré d’emblée : « notre présidence va être difficile et nous l’abordons avec gravité et humilité ». Le « Pacte européen pour l’immigration » que la France a présenté début juin à ses partenaires est conçu, à ses yeux, pour « maîtriser les flux migratoires ». Ce la n’a pas empêché Alexandr Vondra, ministre tchèque des Affaires européennes, de parler d’une « Europe sans frontières » pendant la présidence tchèque à partir de janvier 2009 et de réfléchir dès maintenant aux élargissements futurs de l’Union (Croatie, Serbie…). La ministre suédoise chargée des Affaires européennes, Cécilia Malström, s’est prononcée, elle, pour une présidence de la Suède centrée sur « des questions moins institutionnelles, comme la lutte contre le réchauffement climatique ». Pour finir, Alexandr Vondra a promis « beaucoup de coopération, de bonne volonté et surtout de compromis ». Le lendemain, ils étaient confrontés au « non » irlandais.
La France de retour en Europe ? Trois ans après le cinglant rejet du référendum, qui a jeté un froid dans les capitales européennes, Paris a commencé à redorer son blason en portant à bout de bras le traité de Lisbonne, signé le 13 décembre 2007 par les Vingt-Sept chefs d'État et de gouvernement de l'Union européenne (UE). Mais, à la veille de prendre la présidence de l'UE pour six mois, à partir du 1er juillet, beaucoup reste à faire. « Il faut transformer l’essai », commente Gaëtane Ricard-Nihoul, du cercle de réflexion Notre Europe fondé par Jacques Delors, qui note que la présidence française arrive à « un moment charnière » de l’agenda institutionnel (entrée en vigueur au 1er janvier du traité de Lisbonne, renouvellement de la Commission et du Parlement européen courant 2009…) et dans un contexte international chargé (présidentielle américaine, crise financière internationale…).
Espérant retrouver son rôle de moteur de l’UE, la France s’est fixé un vaste programme -immigration, énergie et climat, défense et Politique agricole commune (PAC). « Les grands enjeux sont remis sur la table », se réjouit Elvire Fabry, de la Fondation pour l’innovation politique, proche de l’UMP, qui estime que « des avancées concrètes sont notamment envisageables sur l’immigration ». Mais au-delà d’ambitieux chantiers, la France doit saisir cette échéance pour effacer « l’image arrogante » qui lui colle à la peau dans l’UE, résume Nathalie Lhayani, du site Euractiv, un portail d’informations sur l’Europe. Hérissant ses partenaires, Paris a parfois donné l’impression de jouer sa partition en solo, que ce soit par sa défense inflexible de la PAC - dont la France est la principale bénéficiaire -, par la mise au rancart de ses engagements budgétaires ou par ses récriminations contre « la technocratie » bruxelloise et la Banque centrale européenne (BCE).
Au cours de sa présidence, « la France devra donc prouver qu’elle ne cherche pas simplement à défendre des thèmes – nucléaire, défense, agriculture - où ses intérêts sont très forts », préconise Nathalie Lhayani. « Il ne s’agira pas d’arriver à Bruxelles avec une proposition en étant convaincu que c’est un projet intéressant, mais de le soumettre à délibération dans les différentes capitales », renchérit Mme Fabry. Les premiers pas de l’équipe sarkozienne en Europe sont, à cet égard, ambivalents : si la concertation préalable à l’adoption du traité de Lisbonne a été unanimement saluée, le projet d’Union pour la Méditerranée, dont les pays non riverains étaient initialement exclus, a rappelé certains travers. « On donnait l’impression que cette idée était plaquée sur l’agenda européen sans concertation », commente Gaëtane Ricard-Nihoul. Les « petits pays » promettent d’ailleurs d’être vigilants: la Slovénie, qui préside l’UE jusqu’à la fin juin, s’est irritée des réalisations « grandioses » promises par la présidence française…
Regagner du crédit demandera donc du temps. « La France reste encore perçue comme un pays qui tient ses engagements européens par-dessus la jambe », note Philippe Moreau Defarges, de l’Institut français des relations internationales (IFRI), qui rappelle que Paris a de nouveau repoussé, de 2010 à 2012, sa promesse de résorber son déficit public. Paris pourrait également pâtir de ses contradictions internes sur l’Europe. « Il y a un sentiment d’extrême confusion », affirme Philippe Moreau Defarges, qui pointe les divergences entre le secrétaire d’Etat aux Affaires européennes Jean-Pierre Jouyet, « résolument pro-européen », et le conseiller spécial du président Sarkozy, Henri Guaino, aux « vues plus souverainistes ». « La position française manque de clarté sur un certain nombre de dossiers », abonde Mme Fabry. Dans ce contexte « difficile », la France doit, selon Philippe Moreau-Defarges, revenir à des objectifs « plus modestes »: boucler la ratification du traité par les Vingt-Sept et préparer la nomination du futur président du Conseil européen. « Il faudrait une présidence humble. Cela constituerait une surprise pour ceux qui attendent l’inverse de la part de la France », conclut Gaëtane Ricard-Nihoul.
Jérémy Tordjman
POUR ALLER PLUS LOIN Notre Europe travaille sur la politique énergétique, la PAC 2013… et prépare, avec Europa Nova et le Mouvement européen France, la deuxième édition des États généraux de l'Europe à Lyon, le 21 juin 2008. EuropaNova est un collectif de citoyens qui s'est donné pour mission de promouvoir une Europe Politique, puissante et généreuse, en mobilisant les nouvelles générations. Mouvement Européen : La vocation du Mouvement Européen est de « développer dans le peuple français la prise de conscience de l’Europe, et de la communauté de destin des peuples qui la composent ». Une enquête d’Euractiv a recensé au cours de l'année 2007 les attentes par rapport à la présidence française dans divers secteurs de la société française : patronat, syndicats, associations représentatives de la société civile… Laurent Cohen-Tanugi a remis un rapport d'étape à Jean-Pierre Jouyet pour concevoir une stratégie européenne pour la mondialisation. Le chapitre II.2 est consacré à la présidence française de l'UE. Depuis, le rapport complet est en ligne sur le site euromonde2015. Lisez le rapport de 13 think tanks ou laboratoires d'idées rassemblés, sous la direction de Gaëtane Ricard-Nihoul de Notre Europe, autour du leitmotiv “Think global, act European” : Ayez une vision globale. Agissez au plan européen. Claude Blanchemaison, secrétaire général de la présidence française de l'UE, parle de son poste et de ses futures responsabilités dans une interview vidéo sur touteleurope.fr
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