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N° 28/2008 - Semaine du 10 au 16 juillet 2008
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L’Union pour la Méditerranée : le volontarisme de N. Sarkozy à l’épreuve
13 juillet 2008 à Paris (France)
C’est une version passablement édulcorée du projet d’Union méditerranéenne imaginé par Nicolas Sarkozy qui va être lancée en grande pompe à Paris, le 13 juillet, en présence des chefs d’État et de gouvernement des pays concernés… qui ont accepté l’invitation.
INTERNATIONAL
Le moins que l’on puisse dire est que l’enthousiasme manifesté par Nicolas Sarkozy pour son projet d’Union méditerranéenne, « un grand rêve capable de soulever le monde », n’est pas partagé par tous ses partenaires. En octobre 2007, le chef de l’État français en visite au Maroc lance depuis Tanger un « appel pressant et solennel » invitant « tous les pays et peuples de la Méditerranée à construire une Union méditerranéenne », à l’image de l’Union européenne qui a su ramener la paix et la prospérité sur le Continent. Aux yeux de N. Sarkozy, cette Union, qui serait coprésidée par deux pays riverains de la Méditerranée – l’un au Nord et l’autre au Sud – présenterait l’énorme avantage d’être une alternative à l’adhésion de la Turquie à l’UE – une éventualité dont il ne veut pas entendre parler – et celui de remplacer le processus de Barcelone, l’actuelle politique communautaire dans la région tant décriée. Le processus de Barcelone : des résultats décevants Le processus de Barcelone est né en novembre 1995. Réunie dans la capitale catalane, la Conférence euroméditerranéenne des ministres des Affaires étrangères adopte une déclaration commune qui fixe les objectifs et les modalités d’un partenariat renforcé entre l’Union européenne (UE) et douze États riverains de la Méditerranée (l’Algérie, Chypre, l’Égypte, Israël, la Jordanie, le Liban, Malte, le Maroc, la Syrie, la Tunisie, la Turquie et l’Autorité palestinienne). Ce partenariat comporte trois volets : un premier volet politique censé « définir un espace commun de paix et de sécurité » ; un volet économique et financier visant à créer une zone de libre-échange à l’horizon 2010 ; et un troisième volet social, culturel et humain dont l’ambition est de « favoriser la compréhension entre les cultures et les échanges entre les sociétés civiles ». Mais le dialogue s’enlise dans les conflits qui minent la région. C’est un quasi-échec. Sur le plan économique, les vingt-et-un milliards d’euros injectés dans le partenariat entre 1995 et 2005 n’ont pas permis à la région de décoller. Loin de se réduire, les écarts entre le Nord et le Sud se sont accrus : alors que pendant ces dix années le revenu par habitant de l’Europe des Quinze passait de 20 000 à 30 000 dollars, celui des pays du Sud restait pratiquement le même, environ 5 000 dollars. Sur le plan politique, force est de constater, là aussi, l’absence de résultats. La région continue d’être le théâtre de conflits qui semblent ne jamais devoir finir, à l’image du conflit israélo-palestinien. Le nord de Chypre est toujours occupé par l’armée turque et l’île coupée en deux, au Liban la paix reste précaire et la question du Sahara Occidental n’en finit pas d’empoisonner les relations entre Algériens et Marocains. Enfin, le terrorisme continue de frapper, au Maghreb notamment. Les Européens regrettent par ailleurs l’absence de progrès dans les domaines de la démocratie et des droits de l’homme. Une critique que les dirigeants arabes réfutent. Pour eux, les progrès politiques ne peuvent précéder le développement économique. Ils en découlent. Ils supportent difficilement les pressions qu’exerce l’Union dans ces domaines, pressions qu’ils considèrent comme des ingérences inacceptables dans leurs affaires intérieures. Ces dissensions apparaissent au grand jour, lors du sommet du Xe anniversaire, organisé à Barcelone, en novembre 2005. Seuls deux des dix pays du Sud y participent (ils ne sont plus que dix depuis que Chypre et Malte ont adhéré à l’UE) : la Turquie représentée par son Premier ministre, Recep Tayyip Erdogan, et l’Autorité palestinienne représentée par son président, Mahmoud Abbas. Un projet controversé Élaboré sans concertation, l’Union méditerranéenne de N. Sarkozy suscite le scepticisme de ses partenaires européens, et même l’hostilité du premier d’entre eux, l’Allemagne. La chancelière, Angela Merkel, marque très tôt son désaccord à l’égard d’un projet qui exclut les États membres de l’UE non riverains de la Méditerranée. Malgré un intense lobbying, la France doit accepter un compromis qui dénature le projet initial. L’Union pour la Méditerranée (UPM), qui a fait l’objet d’un accord entre les Vingt-Sept lors du sommet des 13 et 14 mars derniers à Bruxelles, devient un simple moyen de relancer le processus de Barcelone. Le 20 mai, c’est au tour de la Commission européenne, chargée de réfléchir aux modalités de fonctionnement de l’UPM, de revoir encore à la baisse les ambitions du chef de l’État français. La Commission, qui entend limiter à six mois une éventuelle première présidence française du projet (au lieu des deux ans imaginés par N. Sarkozy), réaffirme la prééminence des institutions européennes sur la politique euroméditerranéenne et intègre l’UPM au processus de Barcelone. Dernier camouflet, Bruxelles balaye l’un des objectifs poursuivis par N. Sarkozy en précisant que le projet ne saurait empêcher la poursuite des pourparlers d’adhésion avec la Turquie. Le projet ne fait pas plus l’unanimité au sud de la Méditerranée. Bien qu’il ait été reçu à Paris avec tous les honneurs de la République en décembre 2007, Mouammar Kadhafi a adressé une fin de non-recevoir brutale au projet cher à N. Sarkozy dans lequel le président libyen voit un « appât », « une sorte d’humiliation » : « Nous ne sommes ni des affamés ni des chiens pour qu’ils – les Européens – nous jettent des os. » Pour cette raison et parce qu’il refuse de s’asseoir aux côtés du Premier ministre israélien, Ehoud Olmert, M. Khadafi a fait savoir qu’il ne participerait pas au sommet de lancement de l’Union pour la Méditerranée. Pour la même raison, le président algérien Abdelaziz Bouteflika a longuement hésité à faire le voyage à Paris. Au-delà des frontières de l’Hexagone, les désirs du chef de l’État français cessent d’être des ordres.
Ingrid Bellot
___________ ÉGALEMENT CETTE SEMAINE
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