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Archimède   Emission du 30 mars 1999
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Le Vatican en 3D

À l'origine s'élevait à cet endroit une colline marécageuse infestée de moustiques et de serpents, appelée "ager vaticanus".

Dès le haut Moyen Âge, c'est ici en plein cœur de Rome, qu'a débuté la construction de l'un des édifices les plus majestueux de l'architecture occidentale : la Cité du Vatican. Elle a représenté le nombril du monde chrétien, le centre du pouvoir papal. Au plus fort de la Renaissance, le Vatican est ainsi devenu le fastueux modèle de toutes les grandes cours européennes.

Grâce à de formidables animations, une exposition du Musée d’Art de Bonn consacrée aux joyaux de la Renaissance témoigne de l'aura incomparable de cette période, qui tirait ses modèles d'époques depuis longtemps révolues. Constructeurs et artistes ont porté à des sommets de perfection la présumée renaissance de l'art antique. Le faste de l'église terrestre était censé refléter l'existence céleste de Dieu.

Les commanditaires et incitateurs de ce mouvement ont été les papes. En premier lieu Jules II, pape de 1503 à 1513. À l'époque, l'un des plus beaux bâtiments restera cependant inachevé : le palais du Vatican conçu par Donato Bramante. Aujourd'hui, dans le cadre de cette exposition, il trouve enfin son achèvement virtuel. Une formidable reconstruction informatique permet ainsi au visiteur de remonter le temps jusqu'à la Renaissance.

Wenzel Jacob, directeur de la Bundeskunsthalle, Bonn
:Nous avons essayé de montrer ce que découvrait le visiteur il y a 500 ans. Permettre au regard de vagabonder sur ce qu'a pu admirer tel émissaire ou tel moine de l'époque : le palais des papes, tel qu'il n'existe plus aujourd'hui. Ce qui est formidable, c'est qu'on peut voir même derrière les peintures. Nous pouvons faire apparaître les structures du bâtiment, rendre visible ce que seul l'architecte et l'ingénieur connaissaient.
Les prédécesseurs de Jules II avaient fait construire derrière l'ancienne basilique Saint-Pierre un mélange de bâtiments hétéroclites ; puis, sur une colline distante de 300 mètres, une résidence d'été plus aérée : le Belvédère. À peine entré en fonction, Jules II demande à l'architecte Bramante de réordonner et d'uniformiser le tout dans le style Renaissance. Bramante imagine alors, entre les deux grands complexes architecturaux, un ensemble de terrasses et d'escaliers en plein air, qui peut servir de scène, de place des fêtes et de jardin. Sur les côtés longitudinaux, il délimite l'ensemble par d'immenses galeries de colonnades.

Le palais de Bramante abrite aujourd'hui les Musées du Vatican. Mais des ajouts et des modifications ultérieures ont défiguré l'ensemble. Des suites entières de salles restent fermées aux visiteurs du musée.

Prof. Manfred Koob, TU Darmstadt
Le visiteur qui se rend à Rome ne pourra pas retrouver la structure initiale du palais, car de très nombreuses parties ont été masquées par des constructions ultérieures. Tout le Vatican est comme entouré d'écorces successives. Certains éléments n'ont même pas été achevés. Nous avons donc été très surpris par les vues que l'on a sur les deux cours et jusqu'au Belvédère, notamment depuis les stanze. Nous avons également été surpris par la beauté et les proportions de tout cet espace, par la richesse de ses détails.

Le Prof. Koob et son équipe de l'université technique de Darmstadt ont construit une deuxième fois le palais papal, cette fois-ci dans un monde virtuel. Les Loges peintes par Raphaël sont particulièrement fascinantes. Les arcades ultérieures permettent à la lumière d'y pénétrer à flots.

Prof. Manfred Koob, TU Darmstadt
Le palais qui se dresse aujourd'hui n'est pas le palais que Bramante a conçu. Des édifices s'y sont ajoutés, d'autres ont été abandonnées. Nous connaissons la structure idéale du palais imaginé par Bramante. Nous disposons d'illustrations d'époque, qui ont été nos principales sources. Mais il existe un autre type de sources, ce sont les sources écrites. Comment circule-t-on au Vatican, par exemple ? Une autre source est naturellement le principe constructif qui sous-tend l'édifice, à savoir la redécouverte de l'Antiquité. En réunissant tout cela, la simulation nous fournit une image globale du bâtiment et cette image agit comme un aspirateur qui absorberait tout ce qui est là – en filtrant également le vrai du faux, les découvertes récentes des savoirs anciens. Au fond, c'est comme cela également que s'accroît la densité d'information sur le palais.

Pour la reconstruction, on a utilisé le même logiciel que celui qui a permis aux dinosaures de revivre dans le film Jurassic Park. Des opérations mathématiques ont permis de calculer la texture des différents matériaux. Il a fallu au total plus de 50 Gigaoctets d'informations pour décrire numériquement le palais de Bramante. Les fresques de Raphaël ont d'abord été photographiées. Puis les photos ont été insérées dans le modèle par l'ordinateur. La reconstruction numérique des stanze de Raphaël constitue certainement l'un des sommets de la simulation. La richesse des salles, à travers lesquelles le visiteur se promène librement, est incroyable. Les perspectives nouvelles et les vues depuis les fenêtres sur les cours intérieures du palais sont à couper le souffle. L'objectif de la reconstruction virtuelle est également de faire apparaître plus clairement la fonction de chaque pièce. Par exemple, les cycles de fresques de Raphaël devaient témoigner de la soif de pouvoir politique et culturel des papes de la Renaissance.

Ambition dominatrice, mécénat et goût personnel du faste étaient ici indissociablement liés. Voici la reconstruction d'un palais qui n'a jamais existé sous cette forme, car il a sans cesse été remanié et aménagé. Sa réplique virtuelle est elle-même un chantier permanent, car l'ordinateur révèle la moindre contradiction et la moindre lacune à l'intérieur de la reconstruction. Le modèle évolue ainsi en fonction des connaissances.

 

  © 1998 ARTE G.E.I.E