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Archimède   Emission du 08 juin 1999
  

Ondes Martenot

(retranscription intégrale du reportage)

Pascale Rousse-Lacordaire, musicienne
Ah ! Qu'est ce qui se passe ?

Petite fille
…en position bague.

Pascale Rousse-Lacordaire, musicienne.
Ah ben, voilà ! Tu étais resté en position bague. Vas-y !

La petite fille joue "Au clair de la lune"

Pascale Rousse-Lacordaire, musicienne.
Oui, mais tu as voulu répéter avec la main droite ! Tu as vu ? C'est avec la main gauche que tu répètes ! Hum... Très bien. Tu reprends la bague parce que j'aimerais bien entendre si c'est vraiment les mêmes sons. Pour avoir quelque chose de bien juste, il faut que tu sois bien parallèle. Tu te rappelles ce que je t'ai dit.

Cet instrument, inventé par Maurice Martenot, a été présenté pour la première fois en 1928 à l'opéra de Paris. Il s'agit de l'un des tout premiers instruments de musique électronique.

Thomas Bloch, musicien
Il y a eu environ 1200 oeuvres composées pour les ondes Martenot : Varèse, Jolivet, Messiaen, Honegger, etc... Dans le domaine de la chanson, on a beaucoup utilisé les ondes Martenot également : Jacques Brel dans "La Fanette", "Ne me quitte pas", Piaf et beaucoup d'autres encore, dans des génériques de radio et de télévision, "Les maîtres du mystère", par exemple, dans la musique de films : de "Fantomas" jusqu'à aujourd'hui "Mars attack". Pendant quatorze ans, l'instrument a été employé également dans l'orchestre des Folies Bergères. Voici le, le son le plus représentatif des ondes Martenot, ce, ce jeu au ruban. (Il joue)

T. Bloch
Il faut savoir que Maurice Martenot était dans les transmissions radio pendant la première guerre mondiale. Et en manipulant son poste de radio, il s'était aperçu qu'il pouvait faire varier la hauteur, les fréquences, un peu comme sur ce que l'on obtenait lorsqu'on cherchait une fréquence radio sur les anciens postes de radio. Martenot étant également violoncelliste, il s'est décidé, à partir de 1919, à domestiquer ce principe et à en faire un instrument de musique. Si vous voulez, c'est une sorte de croisement entre un poste de radio et un violoncelle, cet instrument qu'on appelle ondes Martenot.

A partir des connaissances de l'époque sur l'électricité et la radio, Maurice Martenot a reconstitué pour son instrument les trois composantes qui caractérisent un son musical : le timbre, l'intensité et d'abord la hauteur, c'est à dire la fréquence.

Thierry Rochebois, docteur en électronique
Si je prends cette lame et que je la fait vibrer, ici j'obtiens une oscillation de faible, très faible fréquence, à peu près cinq fois par seconde, on dit 5 hertz, et on n'entend pas de son. En raccourcissant la longueur de la lame... on va obtenir une oscillation de fréquence plus élevée... qui finira par devenir... audible si la longueur de la lame est suffisamment courte. Un son a une fréquence qui va de 20 cycles par seconde, c'est à dire 20 hertz jusqu'à 20 kilos hertz. 20 hertz, ce sont les sons graves, très graves et 20 kilos hertz, ce sont les sons très aigus. En dessous de 20 hertz, on parle d'infrasons et au dessus de 20 kilos hertz, on parle d'ultrasons ; les ultrasons qui sont utilisés, par exemple, par les chauves-souris et les infrasons qui sont utilisés par les éléphants, pour donner un exemple concret. Je vais passer maintenant sur la guitare. La guitare présente des cordes et ces cordes vont vibrer lorsqu'on va en gratter une et va émettre un son. Voilà. Et la fréquence émise par cette corde dépend de sa longueur. Plus la corde est courte et plus le son sera aigu. Donc le fondement de la musique, c'est de pouvoir générer des sons de fréquences différentes les unes des autres donc de créer des oscillations. Donc, pour faire de la musique à partir d'un appareil électronique, il faut que cet appareil électronique soit capable de générer des signaux électriques de fréquences variables. C'est à dire que ce sont des courants et des tensions qui vont varier dans ce circuit... et c'est un peu à la manière du pendule. C'est à dire qu'on va obtenir une oscillation dans le circuit électrique et cette oscillation va varier en fonction des paramètres des composants électroniques. Ce sont les bobines et les condensateurs. Donc, grosso modo, lorsqu'on fait varier les valeurs des condensateurs et des bobines, c'est un petit peu ce qui se passe lorsqu'on fait varier la longueur du fil. C'est à dire qu'on obtient des fréquences différentes. Donc, ici, une fréquence plus élevée pour ces paramètres et ici, une fréquence plus lente. Donc, on peut obtenir, avec des paramètres physiques différents, toute une gamme de fréquences différentes.

Pascale Rousse-Lacordaire joue.

T. Rochebois
Martenot, pendant la guerre, utilisait un appareil de transmission télégraphique qui fonctionnait avec un système à base de lampes électroniques et qui permettait de générer plusieurs fréquences mais pour les transmissions radio. Alors, ces oscillateurs avaient un gros défaut qui les empêchait d'être musicaux à l'époque, c'est que leurs fréquences de fonctionnement étaient supérieures à 80 kilos hertz, c'est à dire largement au dessus des fréquences audibles. Ce sont des ultrasons et Martenot aurait été limité à faire de la musique pour les chauves-souris, s'il avait utilisé ce procédé. Alors, pour faire un générateur qui fonctionne dans les fréquences audibles, il a utilisé le principe de l'hétérodyne. L'hétérodyne, c'est le principe même de la radio. Donc, ce système là consiste à utiliser deux oscillateurs : un premier oscillateur hautes fréquences va être de fréquence fixe, donc il va pas bouger : 80 kilos hertz et ici on va avoir un second oscillateur qui va être de fréquence 80 kilos hertz plus une certaine fréquence. Et en mélangeant, -en fait c'est ce qu'on appelle de la démodulation- on obtient en sortie le signal de fréquence F. Cette petite fréquence, cette petite variation de fréquence, c'est la petite variation de fréquence obtenue en jouant sur le clavier ou sur la bague de l'instrument. Alors, ce principe, c'est très important parce que c'est la principe de la radio. Donc, à partir de cela, on obtient les premiers instruments électroniques de l'Histoire.

Thomas Bloch
Cet instrument n'est pas un poste de radio, il s'agit d'un Thérémine. C'est un instrument de musique qui a été inventé en 1919 par Léon Thérémine. A droite... il commence déjà à fonctionner tout seul. A droite, une antenne. Vous faites varier la hauteur en rapprochant la main de l'antenne. Et à gauche, une sorte de petit fer à cheval musical, également métallique, il s'agit tout simplement de la commande d'intensité.

T. Rochebois
En fait, et c'est ce qui est assez amusant, c'est que le condensateur variable l'élément variable dans le circuit électronique dans le Thérémine, c'est la main. Dans le Thérémine, le composant qui varie, c'est la main. L'instrumentiste fait partie de l'instrument.
La grande différence entre Thérémine et Martenot c'est que le souci de Martenot a été de concevoir un instrument qui soit utilisable. Donc, très rapidement il a ajouté d'abord un clavier fictif pour se repérer par rapport au jeu...

P. R. Lacordaire
1, 2, 3, 4...! Encore une dernière fois. Tu es en retard ! Mi, la, la, la do, mi, la, pi, pi, pim ! C'est toi qui me réponds. Allez, tous les quatre!

T. Rochebois
Un son musical est défini par trois paramètres. Donc, le premier paramètre, on l'a vu, c'est la hauteur qui correspond grosso modo à la fréquence. Il y a deux autres paramètres. Premier paramètre, c'est l'intensité qui correspond à l'amplitude des oscillations. 10 36 17

T. Rochebois
Lorsqu'on appuie sur une touche des ondes Martenot, il ne sort pas de son et le déclenchement du son, grosso modo le robinet à sons, est ici. La commande d'intensité est totalement indépendante de la commande de hauteur. Autre paramètre des sons musicaux, c'est le timbre. Le timbre, c'est le paramètre sans doute le plus difficile à... à comprendre pour les sons musicaux puique c'est le paramètre qui permet de distinguer deux sons musicaux de hauteur et d'intensité identiques, en fait c'est ce qui distingue un piano d'une trompette. Le timbre correspond à la forme d'onde. Les formes d'ondes que nous avons observées tout à l'heure, ce sont des formes d'ondes simples, c'est la forme d'ondes sinusoïdales.

T. Rochebois
Avec les ondes Martenot, on dispose d'une véritable palette de formes d'ondes donc de timbres différents. Les ondes Martenot combinent un générateur qui nous fournit plusieurs formes d'ondes différentes et Martenot a pensé à ajouter, dans son instrument, un filtre électronique. C'est un peu comme un filtre à café, ça laisse passer certaines choses mais ça en retient d'autres et ça permet d'adoucir le son.

T. Rochebois
Une autre spécificité très importante, c'est la présence de diffuseurs, ce sont des sortes de haut-parleurs. Là aussi des diffuseurs beaucoup plus originaux qui apportent leur propre coloration aux sons. Alors, on a, tout d'abord, le métallique, ici.

P. Pousse Lacordaire
Alors, ça, je pourrais peut-être aller le retourner.

T. Rochebois
Oui. Le métallique est constitué d'un gong... que l'on voit ici. Donc, c'est un haut-parleur qui est tout sauf neutre. Il apporte sa propre coloration aux sons.
Le dernier diffuseur, c'est la palme. La palme est composée de 24 cordes, douze cordes de chaque côté, qui rentrent en résonnance sous l'effet des ondes. Ce sont des cordes accordées, il y en a aussi de l'autre côté. Et ces cordes sont excitées par les ondes Martenot et diffusent le son. Contrairement aux ingénieurs qui ont conçu des synthétiseurs dont le point central, le coeur, était l'électronique, Martenot s'est décentré par rapport à l'électronique pour se concentrer sur l'électro-accoustique, sur les diffuseurs. Au lieu d'utiliser des diffuseurs comme le haut-parleur, des diffuseurs neutres, il a plutôt utilisé des diffuseurs qui apportaient leur propre coloration aux sons et qui font pleinement le son des ondes Martenot.

  © 1998 ARTE G.E.I.E