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Sortie le 28/03/2000 et coproduit par ARTE:
de Patrice Chéreau

1/ Comment appréciez-vous le prix de l'Ours d'or récemment obtenu pour votre dernier film "Intimité"?
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2/ Qu'est-ce qui vous a motivé pour vous lancer dans la réalisation d "Intimité"?
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3/ Comment avez-vous choisi et dirigé vos comédiens?
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4/ Y a t-il des scènes improvisées dans "Intimités"?
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5/ Que vouliez-vous éviter à tout prix dans les scènes physiques avec vos comédiens?
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6/ On compare votre premier film "L'Homme blessé" à "Intimité", qu'en pensez-vous?
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7/ Accordez-vous une attention particulière au son?
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8/ Il y a beaucoup de musique dans "Intimité". Pourquoi?
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9/ Faites-vous le cadre vous-même?
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10/ Claude Berri a dit de vous: "Chéreau, c'est une sorte de Visconti français". Qu'en pensez-vous?
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Interview réalisée par Olivier Bombarda, Anne-Claire Cieutat et Marc Troonen


Elle vient chez lui, l'après-midi, il font l'amour. Ils ne parlent pas, mais il doit se passer quelque chose entre eux parce qu'ils se lèvent ensemble et se couchent à côté de la table, sans un mot.
La semaine suivante, à la même heure, elle est à la porte. Ils se déshabillent immédiatement.
Si le sexe est un moyen de rencontrer et de connaître les gens, que sait-il d'elle?

Trois ans après le très acclamé Ceux qui m'aiment prendront le train, qui lui valut un César du meilleur réalisateur et lui fit dire au monde du septième art : " je me sens enfin accepté par vous ", Patrice Chéreau revient, mais sans compromis ni apaisement, au cinéma, le sien, celui des sentiments qui s'entrechoquent intensément. Avec Intimité, tourné en anglais, il projette cette part d'ombre, de violence et de mésentente dans un environnement adéquat, celui des appartements délabrés de Londres, sortes de zones de non-droit livrées à la pourriture par leurs locataires abîmés par l'existence, où l'on organise des fêtes sauvages pour oublier le reste et où l'on fait violemment l'amour sur des matelas moisis. Jay (Mark Rylance) et un ami parasite aussi désabusé que lui s'y perdent dans de longues conversations mouvementées et alcoolisées sur l'échec de toute tentative de complicité, d'honnêteté envers soi-même ou envers ceux qu'on tente d'aimer, dans une langue verte et hostile : l'anglais n'est pas naturel à Patrice Chéreau et il l'a voulu comme tel, travaillant à une sorte de distance entre ce que tentent les personnages et les propos avec lesquels ils essaient d'expliquer leurs gestes.
Jay est homme désœuvré qui déteste son emploi dans un bar branché, où la population cosmopolite ne fait que favoriser sa misanthropie et sa rancœur. Reclus dans son appartement sordide et miné par l'échec de son mariage, il reçoit chaque mercredi une femme, Claire (Kerry Fox) , qu'il ne connaît pas et avec qui il ne fait qu'intensément l'amour, refusant de l'expliquer car pensant qu'il n'y a pas d'explications à donner, ou seulement des mauvaises. Mais le subterfuge va s'écrouler, symbole d'un quête problématique qui domine tout le film. La question de la vérité des sentiments semble l'enjeu, de même que la tentative de briser les apparences et à cesser de jouer une sorte de comédie permanente. Claire est justement comédienne, mais n'arrive pas à trouver le ton juste dans le jeu dramatique, peut-être parce qu'elle se refuse à s'interroger d'abord sur ce qui est vrai et sur ce qu'elle est soi-même. L'issue de cette quête d'une vérité intime est illusoire et heurte plus qu'elle n'éclaire. Elle se prête parfaitement au lyrisme sombre, mélancolique et emporté du cinéma de Patrice Chéreau.

Julien Welter

Au tout début du film, la caméra recompose, en plusieurs travellings, le corps d'un homme endormi. Eperdu de solitude et en proie à des cauchemars, il porte encore les vêtements de la veille. Soudain, on sonne à la porte, l'homme fait entrer une femme qui peut avoir entre 30 et 40 ans. Il s'excuse pour le désordre et ce sont là les seuls mots prononcés. Quelques regards sont échangés puis ils en viennent aux faits - du sexe, purement, passionnément. Tous les mercredis, entre deux et quatre, Jay et Claire s'adonnent rituellement l'un à l'autre. La petite caméra leur colle à la peau; au montage, la fièvre des corps a gagné les images et le rythme est ainsi soutenu, jusqu'à l'orgasme. Aucun détail ne lui échappe, pas même la marque des draps sur une cuisse moins ferme. Dans son nouveau film " INTIMACY ", Patrice Chéreau ( " La Reine Margot ", " Ceux qui m'aiment prendront le train ") fait vivre à ces deux excellents acteurs que sont Mark Rylance et Kerry Fox, tout ce que ses protagonistes vivent dans le film : la détresse sexuelle extrême de deux êtres qui excluent toute émotion et sentiment de l'un pour l'autre, au point de ne plus s'adresser la parole. Il y a quelque temps, Jay, qui gagne sa vie comme barman, a soudain quitté femme et enfants sans autre forme de procès. Il rompt avec le quotidien et, même s'il en souffre encore aujourd'hui, c'est la seule chose sincère qu'il ait faite de toute sa vie. A la longue cependant, le besoin de présence le ronge et il doit l'exprimer. Il suit secrètement Claire dans le théâtre de banlieue, où la comédienne très moyenne joue au milieu d'une troupe off. Il y rencontre son fils et son mari Andy. Jay se lie d'amitié avec ce dernier pour en apprendre davantage sur Claire. Commence alors un jeu de rôle et de cache-cache dangereux. Lorsqu'il se rend compte qu'elle le précède toujours d'une longueur, il est déjà trop tard... Au départ d' " INTIMACY " il y avait deux nouvelles de l'auteur à succès anglais Hanif Kureishi, ce qui explique que, pour la première fois, Chéreau tourne en langue anglaise et avec des acteurs anglais (Marianne Faithfull est superbe dans un second rôle). Il plonge Londres dans des couleurs froides et en fait une métropole bruissante à vous rendre claustrophobe, qui n'offre à ces habitants ni refuge, ni consolation. A la fin, Jay et Claire retrouvent au moins la parole et sont suffisamment réalistes pour s'avouer l'échec de leur tentative d'évasion - tant de leur vie conjugale que de leur liaison. Malgré la proximité agaçante, le regard intime de Chéreau nous vaut plusieurs instants de tristesse sublime, un de ces rares moments véridiques qu'on aura pu vivre au cours de cette Berlinale.

M.Rosefeldt


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Interview: Pierre Olivier François / O.Bombarda
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