MER CASPIENNE : LE GRAND JEU. Les Talibans. (4/4)
En moins de deux décennies, le territoire afghan a connu sur son sol d'abord un conflit est-ouest, puis une guerre civile, et il devient aujourd'hui le théâtre d'un enjeu énergétique majeur, à la suite des découvertes pétrolières et surtout gazières au Turkménistan voisin. Dans ce théâtre, les Talibans ne sont que les pions du Pakistan et des grandes compagnies pétrolières.
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Situation de l’Afghanistan. Pour le saisir dans sa totalité, il faut regarder les cartes de l'Afghanistan, pour que je puisse vous expliquer, cartes en main, qui sont les Talibans, par qui ils sont manoeuvrés, et pourquoi. D'abord, on peut retenir quelques étapes de l'histoire du pays.
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Les pressions sur l’Afghanistan au 19ème siècle. Au 19ème siècle, l'Afghanistan subit de constantes pressions :- depuis l'ouest, par l'Empire Perse,- depuis le Nord, par la Russie qui cherche, après les conquêtes en Asie centrale, à s'assurer un couloir vers les mers chaudes,- depuis l'Est, par la Grande-Bretagne qui voudrait annexer l'Afghanistan à l'Empire britannique des Indes. Or, elle n'y parviendra jamais, malgré trois guerres anglo-afghanes entre 1839 et 1919.C'est cela que Kipling, et les chancelleries occidentales appelaient au I9ème siècle, le Grand Jeu.
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1947 : naissance du Pakistan. Au 20ème siècle, deux évènements seront majeurs pour le pays : à l'Est, l'Afghanistan se découvre en I947, un nouveau voisin, qui s'appelle le Pakistan, et qui vient avec l'Inde indépendante prendre la suite de l'Empire Britannique des Indes. Le Pakistan est le premier état musulman du monde et il va constamment se mêler des affaires afghanes, pour tenter d'avoir à Kaboul, un régime ami.
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1979 : invasion soviétique. Au nord, en 1979, l'armée Rouge envahit le pays.Ce flux créera une crise internationale majeure entre l'Est et l'Ouest, dans les années 80. Le reflux IO ans plus tard, en I989, va contribuer à l'effondrement de l'Empire soviétique.
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La guerre civile. L'Armée Rouge partie, et plus encore l'URSS désintégrée, l'Afghanistan n'a plus de fonction anti-soviétique. Et comme l'Etat afghan a littéralement volé en éclats pendant la guerre de résistance, le pays s'engage dans une guerre civile, qui est en train de devenir une guerre entre groupes ethniques. Ainsi, les puissances extérieures vont à nouveau pouvoir jouer les tribus et les ethnies les unes contre les autres, à des fins qui les dépassent complètement. Et bien c'est cela que je voudrais analyser aujourd'hui.
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Répartition éthnique. Pour bien comprendre, regardons la répartition des peuples en Afghanistan :- dans les vallées du nord et de l'est, les Tadjiks, qui sont des descendants des perses; - à l'est, les nouristanis,- au nord, les ouzbeks , les turkmenes et les kirghizes, le long de la frontière de l'ancienne Union soviétique ;- au centre de l'Hindu Kouch se trouvent les aimaq, et plus loin les hazaras, une minorité chiite, les autres afghans étant sunnites. Cette différence est importante compte tenu de la proximité de l'Iran, - les baloutches, dans le sud-ouest, à cheval sur la frontière afghano-pakistanaise ; - et puis la dernière pièce du puzzle qui manque, ce sont les pashtouns.
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Les pashtouns. Les pashtouns représentent la plus importante éthnie historiquement, politiquement et numériquement : ils sont douze millions, dont six du côté afghan et environ six du côté pakistanais. Entrent en scène les talibans.
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Les Talibans. Les Talibans sont partis du sud du pays, pour progresser en direction du Nord, et se sont finalement installés à Kaboul en octobre 1996, avec depuis, un front militaire mouvant.
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L’avancée des Talibans. Talibans, cela veut dire "étudiants dans les livres"- ce sont de jeunes hommes venant des Madrasas, c’est à dire des écoles coraniques rurales du sud de l'Afghanistan, situées en zone pashtoun. Et de fait, quand on superpose les zones conquises militairement par les Talibans en I996, avec les zones de peuplement pashtoun, nous avons presque la même limite. Alors pourquoi ont-ils progresser si vite ? Plusieurs éclairages sont nécessaires pour comprendre.
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Les raisons de l’ avancée rapide des Talibans. D'abord, à l' intérieur du pays, les Talibans ont bénéficié d'une certaine lassitude de la population afghane face aux commandants de guérillas et des gouvernements moudjahiddins de Peshawar, incapables de faire la paix alors qu'ils avaient si bien su faire la guerre contre les soviétiques. Ensuite, à l'extérieur, les talibans sont soutenus par les services de renseignements pakistanais. Le Pakistan soutient le mouvement des talibans , parce qu'il cherche depuis toujours à mettre en place à Kaboul un régime ami. Beaucoup d'officiers pakistanais étant des pathans, c'est à dire des pashtouns, il y a donc à la fois des affinités éthniques et aussi des affinités religieuses.Ensuite, un régime ami à Kaboul assurerait au Pakistan une sorte de profondeur stratégique dont il est dépourvu face au voisin-ennemi indien.
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Les hydrocarbures convoités. Et puis le 3ème paramètre, ce sont les républiques d'Asie centrale ex-soviétiques, qui sont maintenant indépendantes, et qui se révèlent très riches en hydrocarbures. C'est là où l'on retrouve le Grand Jeu, autour de la Caspienne. Voilà les pays d'Asie centrale, au nord de l'Afghanistan. Parmi ces pays, le Turkmenistan voisin renferme des réserves considérables de pétrole, et plus encore de gaz, le site principal est là à Mary, dans l'Est du pays. Mais le problème, c'est : par où faire sortir ces richesses récemment découvertes?La logique historique voudrait que ces hydrocarbures transitent par le nord, c'est à dire la Russie, passant par les anciens réseaux de l'ex-URSS. Mais les réseaux sont obsolètes, et les pays de la CEI se méfient de toute dépendance vis a vis de la seule Russie.Une logique géographique pousserait à sortir le pétrole par le sud-ouest, par l'Iran. Mais là, c'est le Congrès américain, avec ce qu'on appelle la loi d'Amato, qui fait obstacle à tout commerce et tout investissement avec l'Iran.Reste une troisième logique, une logique politique, c'est la sortie par l'Afghanistan. Par sa position enclavée le pays est un véritable verrou. Or, cette sortie intéresse les compagnies pétrolières américaines, argentines, et surtout pakistanaises, qui cherchent à empêcher toute évacuation par l'Iran, ou par la Russie.
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L’intérêt pakistanias. Mais pour réussir cette sortie, il faut réunir les conditions financières, techniques, et plus encore de stabilité politique. Et ce peu importe la nature du régime afghan.Si l'on veut construire un oléoduc / gazoduc, partant de Mary, transitant par l'Ouest puis le sud de l'Afghanistan, puis l'Ouest du Pakistan pour arriver au port de Gwadar, on voit que l'on traverse, pour la partie afghane, la région majoritairement pashtoun / taliban. C'est là, on l'a compris l'intérêt du Pakistan, autant politique que énergétique que économique : avoir un régime ami à Kaboul ; assurer l'approvisionnement énergétique du pays, et toucher les royalties s'il y a transit vers l'extérieur.
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Les investissements étrangers en place. Pour évacuer par une liaison directe gaz et pétrole d'Asie centrale, les compagnies américaines Unocal, saoudienne Delta, argentine Bridas ont déjà investi massivement, et investir, cela veut dire parier sur tel ou tel mouvement de guérilla. Evidemment, ce qui est calculé là n'a rien à voir avec des affinités religieuses : fondamentalisme et hydrocarbures peuvent fort bien cohabiter, et trouver des intérêts communs, provisoires, ou non.
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Prochaine émission : |
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sur ARTE Sam 15/08/1998 20h15 et Ven 21/08/1998 01h30 |
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